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 Grésillement et lixiviat [Solo/Libre]


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Quantum Liao
Date d'inscription : 01/11/2017
Messages : 12

Identité
Age: 23
Logement: Squat de basse-ville
Corpulence: Athlétique
 (#Dim 11 Fév - 2:42
Profanation assourdissante de la limite supportable de décibels, l'atmosphère vrombit au rythme des basses propulsées par les énormes murs de caissons disposés stratégiquement pour encadrer la foule dans une ambiance de fiesta perpétuelle.
C'est un océan de corps moites à l'épiderme baigné par les rayons du soleil qui fourmille et macère dans l'alcool et les effluves organiques.
L'hystérie est générale, le genre d'hystérie joyeuse décérébrée qu'on retrouve dans les fêtes pour héritiers et nouveaux riches cocaïnés, trippant sous exta à moitié à poil en gigotant dans tous les sens comme des épileptiques à qui on aurait pété les jointures des membres.

- Vas-y, tappe une ligne.

- J'sais pas... Je.. J'sais pas, ca me dit pas trop.

- De quoi t'as peur ? On en a tous pris là. T'as jamais ressenti un truc aussi dingue que ca, garanti.

- Bon... J'imagine que... Ouais.


Le tableau général avait beau être en mouvement, il transmettait l'impression d'un moment figé dans le temps, comme une boucle infinie d’événements similaires.
Un immense penthouse a moitié constitué de baies vitrées et un nombre incalculable d'invités nus. Affalés à l'intérieur, dansant sur la terrasse ou flottant dans l'énorme piscine. C'était une orgie de sensations et de stimulis visuels, auditifs, olfactifs.
Un chaos incontrôlable de plaisirs et d'exultation, la catharsis hebdomadaire de la jeunesse des hautes classes névrosée par son confort sécuritaire barbant.
C'était exactement le genre de choses qu'on présente a tout Moscou dans les clips musicaux de substap dance, de transp cloud et dans les émissions de télé réalité.
C'est le paradis pour beaucoup. Un éden de plaisirs inatteignable trônant par delà les nuages sur les hautes tours des quartiers riches.

Il se laisse porter par l'ambiance de l'un des événements les plus hype de la ville, profitant de chaque détail, savourant chaque seconde de l'expérience qu'il lui est donné de vivre.
Mais quelque chose ne tourne pas rond là dedans, y'a quelque chose qui ne sonne pas vrai.
Il s'enferme peu à peu dans une drôle de sensation, comme si sa vision se superposait à elle même et qu'elle se deformait au travers de plusieurs objectifs aux distances focales différentes.
C'est une impression déstabilisante de reculer à l'intérieur de son propre crâne et de devenir spectateur extérieur de ses sensations.
Son champ de vision se rétracte à mesure que ses perceptions perdent en crédibilité.
Progressivement, il se perd en lui même comme si sa personnalité se décollait d'une autre et que sa personne se subdivisait indéfiniment.

>[ERREUR:ARRET_BRUTAL_DU_PROGRAMME]

>[DECONNEXION]

>[...]


Retour a la réalité. Quelle réalité ? Ah oui, oui oui, la réalité.
Questionnements identitaires vaseux.
Progressivement, il se rappelle qui il est et où il se trouve.

- Liao. Minable lambda. Mon squat.
C'est moi, Liao. C'est pas il, c'est moi.


Cette merde de squat dans une pénombre continuelle, seulement éclairé par les lueurs des néons de la rue quand les stores sont pas fermés. Ca pu l'humidité, les fringues sales et un truc impossible à identifier.

- Zoya, lance configuration 1.

Réaction algorithmique à la commande vocale, l'assistant personnel de configuration domotique exécute le pattern désigné.
L'obscurité se retrouve transpercée par la lumière d'une poignée d'écran disposés quasi-aléatoirement dans la pièce. Le gros plasma à moitié niqué diffuse une chaine info racoleuse offrant un zapping ininterrompu et épileptique couvrant toute l'actualité moscovite à une vitesse excessive. Un petit écran carré antique, fixé un peu plus haut et relié à son hub lui présente son actualité de communication et l'entièreté des messages et notifications des différents services auxquels il est connecté. La majorité du matériel entreposé dans l'appartement provient de récup, rafistolés et bidouillés par un de ses potes technicien, voire de machines volées. L'une d'elle est un ancien rétroprojecteur récupéré dans une benne à ordure puis reconditionné. Il s'active instantanément à la commande vocale et projette sur le pan d'un des quatre murs, dans un cadrage penché foireux, un enchainement brusque d'images grésillantes apocalyptiques de champignons atomiques, de télé-achat en slowmotion et de chutes ultra violentes en moto cross.  

Vadim se redresse en position assise sur son matelas miteux posé à même le sol et se débarrasse de sa couette humide de sueurs froides résultant de la non-adaptation du corps à des stimulis injectés intra-neuralement. Il tend le bras et tâtonne pour trouver sa clé baladeur SeveЯ, grosse de quelques centimètres, qu'il insère à l'intérieur de son port Dorsall©️ Connected après en avoir extirpé la puce pirate memento sur la quelle il trip depuis quelques heures déjà. L'ATH SeveЯ apparait devant ses yeux et lui présente sa bibliothèque musicale reliée à son compte. Il sélectionne la playlist "son qui frappe" puis se lève de son plumard pour se diriger vers l'espace cuisine-poubelle. Un amoncellement monstrueux de déchets parfois non indentifiables, de vaisselle à l'abandon et de paquets de bouffe minute au packaging haut en couleur. Il penche la tête dans l'évier et ingurgite une dizaine de gorgées de chlore avant de retourner au centre de la pièce pour jeter un oeil à ses notifications.

L'écran fait défiler une suite indénombrable de publicités, de publications de réseaux sociaux et quelques messages personnels auxquels il fait à peine attention.
Un bref souvenir lui revient brutalement en mémoire. Vast. Il doit lui acheter sa dose quotidienne aujourd'hui.
Vadim enfile avec hâte un vieux jogging gris taché trainant au sol, ses grosses bottes défoncées et sa veste imperméable à capuche. Il se dirige vers son frigo désésperément vide, fouille dans le compartiment de la porte et extirpe un petit sachet de l'intérieur d'une fausse canette qu'il fourre au fond de sa veste.

Il claque la porte du frigo, puis celle de l'appartement et dévale les escaliers jusqu'à entrer en contact avec le vent froid de la rue.
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