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 [RP U.] La Marche


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Gouvernement
Fondateur
Date d'inscription : 14/02/2017
Messages : 181
 (#Lun 6 Nov - 19:13


La Marche
Ambriel 1201 E5 Q2 D3


Ce matin-là l'air était frais et le temps maussade. Il ne pleuvrait pas mais un orage risquait de gronder d'ici peu. Irina regarda autour d'elle et vit les gens s’amasser en silence. Ses larmes étaient chaudes et les sillons qu'elles formaient sur ses joues étaient similaires à des tranchées embrasées. Au fond d'elle, elle remerciait chaque inconnu d'être venu jusqu'ici et, pourtant, elle regrettait leur présence. La solitude qui l'enveloppait à présent était indescriptible et d'un geste de main vif, elle fit signe à ses gardes du corps d'éloigner les journalistes en quête de ressentit immédiat.

Irina Volker, éminente ministre de l'intérieur, venait de perdre son époux, pas plus tard que l'avant-veille au matin. Sur les coups de midi, des employés de la tour où travaillait Dan, avaient retrouvé son corps raide, sur le sol de son bureau. Si les secours et les médecins arrivèrent très vite, les médias également. Le médecin légiste avait déclaré une crise cardiaque, avant que les journalistes, assoiffés d'une curiosité mal placée et maladive, ne fassent quelques élucubrations de leur cru sur le sujet. Une affaire était ouverte par un des commissaires en chef de Central et tout le monde attendait la suite.

Le soir de la mort de Dan, quand tout le monde était en train de regarder son poste de télévision, madame Volker intervint en direct. Elle incitait tous ceux qui le souhaitaient à assister à une marche funéraire, avant la crémation du corps. Elle était livide, les traits anormalement tirés et elle reçu autant de sympathie que de pitié de la part du peuple. Perdre un proche n'était pas une légère affaire et, par des mots qui se voulaient touchant, elle invitait les personnes à se recueillir sur cette mort mais, également, sur les parents, frères, sœurs et amis qui auraient pu les avoir quitté, quelques temps auparavant. Célébrer leur mémoire, tout simplement.

Deux jours après, en plein milieu de l'après-midi, les gens s'agglutinaient dans une des artères de Zamoskvorechye, le quartier de résidence de la famille politique. Ils avaient entendu le message, avaient écouté l'appel et c'était avec empathie qu'ils se mêlaient à la peine de la femme. Irina était connu pour être dirigiste, sévère et faire valoir ses idées coûte que coûte. Elle était brute et particulièrement embrasée lorsqu'elle le voulait. Seulement ici, chacun pouvait voir qu'elle n'était que l'ombre d'elle-même. Entourée de gardes du corps assez impressionnants, elle se servit de l'appuie de l'un d'eux lorsqu'elle se mit en marche vers une petite estrade installée pour l'occasion. Ses jambes flanchaient, ce qui la faisait chanceler. Pourtant, elle se reprit rapidement et grimpa les trois marches du perron. La politicienne s'éclaircit la voix et prit quelques secondes à s'exprimer

« Mesdames, messieurs. Je... Je ne ferai pas de discours officiel comme vous avez l'habitude de l'entendre venant de moi. Ici je ne suis plus la ministre de l'intérieur, je suis Irina, une femme qui a perdu son tendre mari. Je souhaitais vous rassembler pour partager cela, pour que nous puissions, tous ensembles, rendre hommage à sa mémoire ainsi qu'à tous les autres défunts qui nous ont quitté trop tôt. Dan... Dan était un homme brillant et un mari fidèle. Il m'a soutenu dans toutes mes entreprises et je lui dois toutes mes réussites. J'espère que vous avez des gens qui vous sont chers, sur qui vous pouvez encore compter. Embrassez-les, choyez-les, la vie est si courte. »

On entendit des sanglots et on ressentit de la peine. L'empathie qui se dégageait de cette espèce de cérémonie non-officielle était pure. Les habitants étaient particulièrement touchés par la mort et ce n'était pas quelque chose qu'ils ne mesuraient pas, au contraire. Comme si les grands troubles passés étaient encore, inconsciemment, dans leurs gênes.
La grande femme reprit :

« Nous nous arrêterons dans le parc où il aimait passer du temps avec sa famille. Si vous le voulez bien, nous y déposerons des gerbes de fleurs. »

C'était important de prendre le temps de commémorer tout cela. Ca aidait à faire le deuil. Au moment où elle allait terminer, il y eut un brusque mouvement de foule. La seconde d'après, un des vigiles qui entouraient la ministre, tomba sur le sol, mort.
La panique s'installa alors : les gens crièrent, paniquèrent et tentèrent de s'échapper dans les rues de Zamos. Quelques coups de feu retentirent avec des cris « NOUS SOMMES LES PARIAS SOUVENEZ-VOUS DE NOUS ! » suite à quoi, des grenades fumigènes furent lancées dans la foule, aspergeant le tout d'une fumée nocive et étouffante. Les autorités présentent essayèrent de faire évacuer les milliers de Moskovites alors qu'un groupuscule tenta de poursuivre les insurgés.

Sur tous les écrans de télévision ainsi que de Piatniskaïa, des journalistes filmaient la débâcle et parlaient d'un attentat comme ils n'en avaient jamais vu. Des Parias avaient vu le jour et tentaient de se faire reconnaître. C'était une affaire à suivre qui n'allait pas manquer de faire parler d'elle...


Explications
et gains


Coucou à tous !

Vous voici dans le tout premier RP Unique. Si certains connaissent le concept ou le comprennent, d'autres y sont totalement étrangers. En effet, le RP Unique est une intrigue courte et spontannée qui ne demande pas énormément de répartit. C'est le genre d'action qui ne prend généralement qu'un post, pas plus.  Pour ceux qui se posent la question, c'est mon unique post en tant que MJ dans ce RP là Very Happy Je vous donne la trame et vous agissez ensuite. En revanche, tous les actes que vous allez faire seront susceptibles d'avoir un impact sur le futur du forum et d'être, pour certains, retenus dans l’histoire globale  Very Happy

Ici on parle de la mort de Dan Volker, le mari de Irina Volker, la ministre de l'intérieur, élu il y a, à peine, quelques ambriels. L'information est partout, personne n'a pu la rater et le visage d'Irina faisant son discours en direct a été diffusé sur tous les écrans que ce soit sur les buildings ou dans les vitrines commerciales. C'est une première qu'une politicienne ou même qu'une personnalité demande à ce que les habitants se réunissent dans une ôde à la mort et pourtant, il y a eu énormément de participants. Une des rues principales de Zamos est blindée de monde, elle a eu un grand succès à faire cette annonce et vous voilà dans les rues, pour la raison que vous souhaitez. Vous pouvez être là par curiosité, par réelle empathie, pour le chaos ou même pour la sécurité, comme vous voulez ! Votre but sera de vous enfuir (vous pouvez vous prendre des coups dans la tronche, c'est toléré xDD) et d'échapper aux coups de feu et autres fumigènes chiants. Après, vous pouvez jouer les héros  Cool  mais vous risquez clairement de DIE héhéhé.

Dans les faits vous êtes assez choqués car pas censé voir des morts tous les jours de vos yeux (sauf pour les gros caïds xD) et surtout, vous connaissez la Moscou calme et sécure, pas une ville où des groupuscules font leur apparition en défonçant un type et en gueulant comme des cochons. Donc clairement, c'est insécurité + flip total  Fear

L'histoire n'a pas énormément d'action car ce RP sert à vous présenter le style "RP Unique" et, en même temps, à commencer à planter des éléments de décors de l'univers d'Antinomia =)
    Règles :
    -Vous ne pouvez ni jouer, ni parler à Irina et ses vigiles
    -Vous ne tuez personne (sinon je vous énuclée)
    -Le minimum de mots à faire est 700.
    -Comme vous ne faites qu'un post, vous ne pouvez pas vous croiser et interagir les uns avec les autres ^^
    -Vous avez jusqu'au 06/12/17 pour poster votre réponse
    -Vous mettrez le gain que vous souhaitez sous spoiler à la fin de votre post avec le nombre de mots total effectué également.

Je vous met donc le barème de gains en dessous :

-Si votre post fait 700 mots : Vous trouvez une carte de crédit d'une valeur de 150 Den'g
-Si votre post fait 1000 mots : Vous trouvez une carte d'abonnement ambriel au monorail
-Si votre post fait 1500 mots : Vous trouvez un badge permettant d'analyser de petits objets (max. 10cm cube)

Plus d'info. sur les différents RP : >> ici-même <<

Tu as encore des doutes ou quelque chose cloche ? >> MP Jasper <<

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Adam I. Aksakov
Date d'inscription : 06/11/2017
Messages : 15

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Age: 30
Logement:
Corpulence: Moyenne
 (#Mer 8 Nov - 21:58
D'un silence apaisant, tu effectues tes tâches avec la régularité d'un métronome. Porter un carton par-ci, le décharger par-là ; éviter les automates en plein milieu du chemin, puis le collègue qui a abusé du café. Check. Tes gestes sont précis, tellement tu les as répétés, subis. Pourtant, ton esprit est ailleurs ; ton regard effacé le trahit à n'importe qui daignerait poser les yeux sur toi. Mais depuis le temps, plus personne ne fait attention ; surtout qu'aujourd'hui, chacun semble bien trop dans ses pensées pour s'intéresser à son entourage.

"Est-ce que tu vas y aller ?" Que tu entends, alors que tu essaies de donner du sens à ce que tu as lu dans ce maudit email. "A la marche ? Je ne sais pas. Ils nous ont donné l'après-midi, ce serait peut-être bien …" Fermez-là, les groupies … Sérieusement. Tu te concentres un peu plus et insistes pour ne pas perdre le fil de ta pensée. "Et toi Adam ? Tu vas y aller ?" - "Quatre cent quatre-vingt mille sept cent cinquante-six ..." - "Quoi ?" - "SOIXANTE-DIX-HUIT MILLE NEUF CENT QUATRE-VINGT-QUATORZE !!!" Est-ce que tu viens de lui hurler une improbable suite de chiffres, droit dans la face ; comme s'ils annonçaient l'Apocalypse en personne ? A en croire son regard, sa bouche entrouverte et le pas en arrière qu'elle vient de faire …. Ça se pourrait. Tu restes figé pendant plusieurs secondes au-dessus de sa si petite personne, le souffle court, ton regard pénétrant ses yeux vides ; jusqu'à ce que tu virevoltes dans un "Trois mille sept cent huit …" dubitatif, pour finalement retourner à ta précédente tâche et redevenir silencieux. Même son sursaut, agrémenté d'un "cinglé …" de sa comparse ne réussiront à te faire décoller de ta pensée du jour.

La matinée se termine et tu arrives au réfectoire. Ton déjeuner à la main, tu accordes suffisamment de crédit à la routine pour remarquer qu'il n'y a presque personne. Tu manges dans un silence de plomb et finis ton casse-croûte en quelques minutes. Tu pars te changer, prends tes affaires et, comme tous tes collègues, quittes ton lieu de travail. Te laissant porter par le monorail, tu arrives à ta correspondance et constates que presque tout le monde prend le même chemin. Tu te rappelles ce dont l'autre cruche a parlé dans la matinée et, implicitement, tu te souviens à quel point cela t'a fait du mal de le perdre, lui. Ton rythme cardiaque s'accélère et tu commences à sentir les pulsations, de plus en plus fort. Hésitant soudainement et pris par tes souvenirs, tu finis par rejoindre le flot ininterrompu de voyageurs et monte dans la rame menant à Zamos. Tu ne penses à présent plus à une suite de chiffres, mais ressasses les souvenirs, les images ce Dériel maudit.

Enième point noir dans la foule, tu fermes ton manteau et tends tes mains au fond des poches. Tu n'es pas à l'aise, à te demander ce que tu fais là. Mais au-delà des discussions insipides, des regards curieux, tu vois des gens silencieux, le regard aussi vide qu'a pu être le tien. Ton implant oculaire n'aurait su rater ce genre de détails et tu ressens une soudaine empathie pour eux. En un sens, vous êtes tous des égoïstes, des masochistes, à venir uniquement pour vous faire du mal. Vous rappeler à quel point il est douloureux de perdre un être cher. Mais aussi à vous convaincre que vous n'êtes pas seuls et qu'en cet instant, tout le monde comprend cette douleur. L'animation au loin mobilise votre attention et chacun garde son silence, tandis qu'elle s'exprime.

Ton esprit ne cesse de digresser sur le souvenir de James, mais tu utilises toujours ton implant pour avoir un meilleur visuel. Aussi, tu ne peux rater la chute du garde, la réaction de chacun aux alentours, puis le mouvement de foule qui se propage. Tu aimerais partir, avant que la marée humaine ne t'emporte, mais ton corps refuse de bouger. Tu restes là, figé par une mort en direct, qui se mêle à l'horreur ressentie lors de la perte de ton compagnon. De soudains coups de feu retentissent et agissent comme un électrochoc. Tu te mets toi aussi à courir, sans savoir où aller, tu bouscules les autres sans faire attention et te prends plusieurs coups de coude.  A chercher une ruelle vide, tu finis par bifurquer sans crier gare et le paye immédiatement : tu te retrouves poussé, balloté puis à terre. Tu te recroquevilles mais cela ne suffit pas. Certains te tombent dessus, d'autres te piétinent à vouloir passer à tout prix. Plusieurs et longues dizaines de secondes s'écoulent avant que tu aies l'occasion de te relever, puis dégager de cette vague qui est en train de tout détruire sur son passage.

Arrivé dans un endroit – relativement – sûr, tu te mets en boule, la tête dans les genoux. Tentant de faire le vide, penser à autre chose que l'horreur, aux cris et à la panique, tu subis aussi bien le chaos auditif que mental. Ce n'est qu'après une bonne demi-heure que tu daignes jeter un coup d'œil à gauche puis à droite. Le vent de panique semble loin maintenant et tu te lèves, décidé à quitter ce lieu. Tu files droit jusqu'au monorail, sans prêter attention aux alentours. Ce n'est qu'une fois en mouvement, sur un itinéraire connu et prévisible, que ton corps se relâche un peu. Tu trembles comme jamais, Adam. La respiration irrégulière, tu ne parviens pas à te remettre de ce qu'il s'est passé. Certains écoutent les informations sans grande gêne et ton oreille distraite entend ce qu'il s'y dit. Rien qui peut t'aider à te rassurer, tout bien réfléchi. Tu descends à ton arrêt et marche durant dix bonnes minutes, pour enfin retrouver ton chez toi. Tu fermes tout à double tour, te cales dans le lit et finis de nouveau en boule, dans tes draps.

Ta pensée reste cette fois focalisée sur un visage, ce sourire … Et tout le malheur qui gravite autour. Dans une dernière tentative pour penser à quelque chose de plus joyeux, tu reprends le fil d'une précédente pensée et te mets à énumérer une nouvelle suite de chiffres, dénuée de sens.

[1085 mots - Je prendrai la carte d'abonnement ! Merci hug ]
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Anya
Date d'inscription : 06/03/2017
Messages : 80

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Age: 24 Ambriels
Logement: appartement étudiant / maison familiale
Corpulence: Athlétique
 (#Mer 8 Nov - 23:30
La nouvelle l'avait beaucoup plus touchée que la plupart des autres personnes. Pourtant, elle ne la connaissait pas, du moins pas personnellement cette femme. Cette ministre qui venait de perdre son mari. Mais elle ne connaissait que trop bien la douleur, les pleurs et le deuil. Ce moment où vôtre monde s'effondre, où l'on vous arrache sans crier gare et à jamais une partie de vous qui vous semble vitale. Quelque chose de tellement sacré, de tellement ancré dans votre vie, dans votre quotidien que l'on en oublie la fragilité. L'habitude fait parfois croire que les gens que l'on aime sont immuables, intouchables. L'implacable réalité ne connait que les rappels les plus sévères et cruels.... Et ce rappel, elle l'avait vécu. Elle n'avait pas oublié la douleur, ni le manque. Ils étaient toujours présents, se dissimulant avec fourberie.... Pour mieux bondir de leur boîte à la moindre occasion tels des mauvais diables ! Et ici, l'occasion était en or.... L'événement était si étrange, si inattendu, extraordinaire. Jamais auparavant Anya n'avait entendu parlé d'un dernier hommage pour un homme de cet envergure. D'ailleurs les cérémonies funestes n'étaient pas répandue non plus. Certaines des amies d'Anya trouvaient cela malsain, faire ainsi étales de sa douleur et du trépas d'un proche. Le caractère inédit de l'événement n'étant pas étranger à ce genre de réaction que la jeune femme pouvait comprendre. Mais à ses yeux, Anya ne voyait qu'une pauvre veuve éplorée et seule, qui cherchait un soutien, un réconfort auprès d'autrui. Et au fond d'elle, la native savait que personne ne pourrait jamais lui apporter ce qu'elle cherchait. Qu'au mieux on pourrait atténuer légèrement et temporairement le mal. Qu'il y avait des blessures qui ne se refermaient jamais. Mais la compassion et le recueillement étaient-ils vraiment les objectifs de madame la ministre ? Certains pouvaient remettre ses intentions en doute.... Avaient-ils tort ou raison, cela n'avait aucune importance pour Anya, qui elle croyait à la peine et à la détresse de cette femme. L'événement lui rappelait de mauvais souvenirs.... Encore bien trop frais.

Ses amies lui avaient conseillé de ne pas y aller, et de bouder les médias pour un temps. Elle n'avait pas besoin qu'on remue le couteau dans la plaie. Elle avait suffisamment souffert elle-même. Mais pour l'étudiante, il n'était pas question de se voiler la face ! Pas question de nier ! Elle n'aurait pas voulu qu'on lui tourne le dos lorsqu'elle l'avait perdu ! Elle n'aurait jamais pu réussir à relever la tête seule si on ne l'avait pas soutenu. C'était une expérience horrible, traumatisante, qu'elle ne souhaitait à personne. Et bien que cela soit dans l'anonymat, bien qu'elle ne rencontrera certainement jamais cette femme endeuillée, elle voulait être là. Elle se devait d'être une de ces présences silencieuses, dont le nombre et la participation seraient les mots de consolations à son attention. Les cours avaient été occasionnellement suspendu, et Anya s'était déjà préparée pour rejoindre le cortège. Elle fut surprise d'y voir autant de monde, et en même temps, cela lui fit chaud au cœur. Elle était heureuse et touchée de voir ce qui était à ses yeux un formidable élan de soutien et d'empathie. Car cela ne pouvait pas être autre chose.... Tout le monde était alors calme, certains même graves. L'ambiance était au recueillement, et la demoiselle ne faisait pas exception à la règle. Son cœur commença à se gonfler, au fur et à mesure que ses pas la guidaient à destination, ce fut un véritable retour vers le passé. Quelques flash la secouèrent silencieusement. Elle en vint à regretter de ne pas être venue accompagnée. Ses parents étaient bien entendu trop occupés pour se joindre à elle, et le sujet du deuil était toujours délicats pour eux. Aucun parent digne de ce nom ne supportait de voir pareille souffrance chez leur enfant. Ils se seraient sûrement rangés de l'avis de certaines de ses amies. Ils auraient tenté de la dissuader d'y aller. Surtout son père, qui semblait encore plus mal à l'aise que sa mère dès qu'on touchait le sujet. Elle avait été touché de le voir si bouleversé, et elle s'était alors dis qu'il avait eu beaucoup plus d'affection pour lui qu'elle ne l'aurait pensé. Elle était si loin de la vérité.... Mais elle était si heureuse dans son monde d'utopie. Et en adéquation avec la politique de ce dernier, elle était là aujourd'hui, chamboulée silencieusement par les événements. Zamoskvorechye, le quartier de résidence de la famille politique, était noir de monde. L'artère se gorgeait toujours un peu plus de personne venu la voir, venu la soutenir. En lutte contre ses propres démons, Anya était finalement parvenue à elle.

Irina était là, méconnaissable. Le chagrin et la douleur la ravageaient, et alors que la native posait ses yeux sur elle, son cœur manqua un battement tant l'émotion fut forte pour Anya. C'était comme voir son reflet des années passées.... Elle ferma les yeux, inspira profondément et silencieusement pour tenter de s'éclaircir les idées, et surtout rester digne. Digne dans la douleur, digne dans la tourmente. Et pourtant en voyant cette veuve manquer de chavirer, Anya avait envie de la prendre dans ses bras. Ses gardes pouvaient-ils seulement comprendre l'affliction qui la ravageait ? Bon gré mal gré, Irina prit la parole. Anya la fixait avec des yeux larmoyant, sa compassion et son empathie semblaient à leur paroxysme. Le discours était bref mais profond, percutant. Anya acquiesçait silencieusement aux propos tenus, se reconnaissant dans ces dires. Alexandre lui manquait tellement.... Irina reprit, annonçant que la suite se tenait au parc pour déposer les gerbes et faire les derniers recueillements. Anya allait reprendre son pèlerinage, lorsque soudain, le temps se figea ! Un mouvement de foule, puis l'instant d'après un mouvement unique. Celui d'un corps sans vie qui tombait au sol, ajoutant une victime supplémentaire au tableau des êtres chers disparus. L'étudiante observa la scène avec des yeux écarquillés, pétrifiée d'horreur et choquée. Que venait-il de se passer ?!

....Mais....

Des propos percèrent la foule. Des mots haineux et belliqueux qui revendiquaient l'atrocité d'un acte barbare et intolérable aux yeux de la demoiselle. C'était bafouer la mémoire des morts, attaquer un homme, ou plutôt une femme à terre. Comment pouvait-on prendre ainsi la vie de quelqu'un ? Aussi facilement et juste pour un "youhouuu regardez nous on existe et on reviendra !" ? Comment pouvait-on consciemment faire souffrir encore plus quelqu'un qui endurait déjà la pire des douleurs ? Ces criminels n'avaient-ils donc aucune fierté, aucun honneur ? Si la colère et la rage firent couler les larmes d'Anya, elle n'eut guère le temps de s'indigner davantage. La foule paniquait.... Et une foule incontrôlable était encore plus dangereuse que des fous furieux sanguinaires. Quoique... Le doute et l'angoisse ambiante commença à gagner Anya. Et si ces cinglés se mettaient à tirer sur la foule ? Après tout un peu plus de sang sur les mains ou un peu moins.... Mais une fois encore, le monde extérieur ne lui laissa même pas le temps de paniquée de manière "réfléchie". Des grenades fumigènes commençaient à éclater un peu partout, et à ce moment là ce fut encore plus la débandade que jamais ! Anya suivit le mouvement et se mit à son tour à courir, aussi vite et aussi loin qu'elle pouvait. Il fallait qu'elle s'échappe de cette foule menaçante, qu'elle s'enfuit loin de ce qui commençait à devenir un véritable tableau d'apocalypse. Comme si le monde venait de sombrer dans la folie en l'espace de quelques secondes. La peur, la colère, la haine, la violence.... Autant de sentiments ambiants qui accablaient les sens de la jeune femme. Plus vite, plus loin.... La bonne condition physique d'Anya fut un avantage, et sa capacité à se faufiler également. Mais face aux gaz des fumigènes, elle ne pouvait pas faire grand chose. Ils la faisaient tousser, et lui piquaient un peu les yeux. Heureusement que ce n'était pas des lacrymogènes !

Anya se ressaisit, serrant les poings et gonflant sa détermination. Ses études lui imposaient de savoir garder la tête froide dans les situation les plus critiques. En opération, il ne fallait jamais paniquer. Il fallait réfléchir vite et être efficace. Elle se dirigea vers l'artère adjacente où elle avait garer son véhicule, si elle pouvait l'atteindre, elle pourrait sortir de cette enfer en empruntant une route opposée à mouvement de la foule. Sur la route, elle s'arrêta juste le temps d'aider une vieille femme qui commençait à se faire piétiner. Il fallait jouer des coudes, et elle dut même repousser violemment les plus paniqués pour éviter qu'elle ne se fasse emporter à son tour. Et ce alors qu'il n'étaient pas dans le mouvement le plus violent de foule. Après être parvenu à remettre la petite grand-mère sur ses jambes, et l'avoir écarté du passage de la foule, Anya aperçu son véhicule plus loin, en dehors de l'axe principale. Elle avait proposé à la petite dame de l'emmenée loin d'ici mais cette dernière déclina la proposition, la remerciant simplement de l'avoir aidé, avant de lui assurer que cela irait pour elle, qu'elle pouvait à présent se débrouiller seule. Anya vérifia rapidement que cette femme n'ait rien de grave en terme de blessures, avant de filer, et de prendre la voiture pour retourner chez elle, ou du moins directement à la demeure familiale. Ses parents morts d'inquiétude, avaient déjà commencé à contacter qui ils pouvaient pour avoir des nouvelles de leur fille, comme beaucoup d'autres parents. Mais eux furent soulagés de la voir rentrer à la maison, avec simplement quelques bleus et une toux. Mais dans son esprit, Anya était beaucoup plus touché que son corps....

Des mots et des gains:
 



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Jasper Kovachev
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Date d'inscription : 31/08/2017
Messages : 115

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Age: 28 ans
Logement: T2 à la caserne
Corpulence: Moyenne
 (#Dim 12 Nov - 12:18

J’étais nerveux et c’était le moins que je pouvais dire. Depuis l’annonce de la ministre Volker, nos équipes étaient sur le terrain pour préparer son apparition publique. Il fallait que la sécurité soit à son maximum si nous voulions mettre toutes les chances notre côtés. Le commissaire et un des inspecteurs de police ont essayé de la dissuader de se montrer si vulnérable. Il pouvait lui arriver n’importe quoi, surtout la mort. Mais elle avait tenu tête à ces hommes, leur indiquant qu’elle avait besoin de faire cela et que si elle mourrait, alors elle reposerait en paix aux côtés de son mari tant aimé. Pauvre femme…
En tous les cas, les militaires comme les policiers étaient sur le feu. Notre poste était submergé par les papiers administratifs et les dérogations permettant de couvrir le périmètre avec des agents de terrain camouflés en civil. Dont moi. Oui, moi. J’étais, hélas, de la partie.

« Kovachev, tu seras avec l’équipe B. Voici tes ordres. » Un militaire de haut rang venait de rentrer dans mon bureau pour me porter un ordre de mission signé de la main du chef d’Etat. Il y était formulé que les agents invisibles, donc en civil, ne porteraient pars leurs armes de service. En cas d’attaque quelconque, ce serait leurs pairs, visibles, donc en uniforme, qui les couvriraient. Si les plus tape à l'oeil étaient chargés de la sécurité de la manifestation, ceux, un peu plus camouflés, étaient chargés de quadriller la zone en repérant d’éventuels suspects et truands qui tenteraient de retourner la situation pour en faire un carnage. Bien que je trouvais que ne pas avoir d’arme dans cette entreprise était clairement suicidaire, cela me rassura d’un côté. Je détestais avoir à dégainer cet engin sur des Hommes. Je l’eu fait, mais ce n’était pas moi, ce n’était pas de mon ressors. A dire vrai, j’étais dans cette équipe car le profiler de notre section avait identifié le tueur de mon affaire en cour et supposait qu’il se trouverait dans cet événement. Quoi de mieux qu’un rassemblement pour faire tomber une ou deux têtes après tout… ?
L’inspecteur que j’avais l’habitude d’accompagner, en règle générale, était également affecté à un poste mais loin de moi. Cette fois-ci, nous ne travaillerons pas ensemble.

Après deux ériels en dehors de mon bureau, à cavaler dans les rues de la ville et à essayer de comprendre le trajet du meurtrier, je me voyais mal retourner à taper des dépositions toute la journée. J’espérai faire mouche et que l’on m’assigne à un poste valorisant avec un peu plus d’adrénaline. Non pas que je voulais mourir avec panache mais disons que j’avais largement fait le tour de la question de l’agent administratif par excellence. Tantôt à l’accueil, d’autre fois en tant que gardien de garde à vue, pour finir aux rapports de témoignages et dépositions, ça allait bien. Je voulais passer à la vitesse supérieure et ce meeting allait être ma chance de me faire remarquer par mes supérieurs.

Ouvrant le tiroir de mon bureau, j’y vis l’arme démontée « Pas cette fois-ci… » Tournant la serrure, je pris la clé et quittai le bureau. Il fallait que je me prépare et que je rejoigne mon équipe qui allait partir en reconnaissance, comme toutes les autres avant nous. La rencontre allait être demain et nous devions maximiser nos chances de réussites.
~
Les visages qui s’amassaient dans cette gigantesque rue étaient déconfis, triste, peiné. C’était un crève-cœur de se rendre à cette commémoration et pourtant, tous étaient là. Il y avait une foule de monde invraisemblable et, tout à coup, chercher un criminel là-dedans me semblait tout bonnement impossible. Nous n’allions pas y arriver. Il pouvait agir de n’importe où et nous serions bien incapable d’agir. En plus, pour ma part, j’étais dans les stup’ alors comment dire que je ne savais nullement analyser en deux secondes, le trajet d’une balle.
Mon binôme, que je ne connaissais que pour l’occasion, me donna un léger coup de coude pour attirer mon attention. Il fallait que je sois un peu plus alerte et non perdu dans mes pensées. Tournant la tête dans sa direction, je vis qu’il m’indiquait un groupe de jeunes un peu trop joyeux pour l’ambiance de la chose « Ils doivent être ivres… ». Lorsque l’un d’eux chuta sur un civil devant lui, il fut rapidement empoigné par des gros bras qui se frayèrent un chemin dans la foule. Il n’y avait pas que nous qui les avions vu. Le groupe entier se fit dégager « Ok… Ça va être long… »

Nous avions reçu une formation très brève, de l’armée, pour nous aider à voir des choses que d’autres ne verraient pas. Analyser des situations, à comprendre un enchaînement de situations sans être perturbés ou paralysés, à réagir vite. Sauf que même si j’avais la pleine maîtrise de mon corps, je n’étais vraiment pas sûr de mes réflexes. Je le sentais mal, voilà tout.
Madame Volker fit son apparition et le calme vint recouvrir la foule. Son discours était touchant mais il me fallut un coup de coude supplémentaire pour me faire comprendre qu’actuellement ce n’était pas elle que je devais regarder. Nous marchions un peu là où nous pouvions, nous jetant des coups d’œil pour essayer de voir l’élément perdurable.

Et puis le coup partit.

Franchement, je ne savais absolument d’où cela venait, je n’avais rien vu. Mon collègue m’abandonna, poursuivant une piste qu’il avait semblé judicieuse et je me perdis dans cette foule en délire. Un des agents de sécurité de madame Volker venait de mourir sur le coup, comme touché à son point faible.
La situation était affreuse mais l’adrénaline qui montait en moi me fit réagir un peu plus vite. Mon œil fut attiré par le brillant d’une arme que l’on dissimula sous un manteau et c’est en criant que je commençais à poursuivre ce truand. Dès qu’il me vit, il se mit à courir dans tous les sens, tout comme le monde apeuré. Des collègues essayaient de calmer le flot de personnes et de le guider vers des sorties de sécurité mais tout le monde se marchait dessus. Je supposais même avoir piétiné une ou deux personnes mais, focaliser sur mon objectif, je ne baissais même pas la tête « HEY ! HEY VOUS ! POLICE ! ARRETEZ-VOUS ! » Mais ma voix se perdit dans le bruit des cris et des pleurs tout autour de moi. C’était une cacophonie qui me faisait chanceler à chacun de mes pas. Je sentais la distance avec l’individu s’allonger, sans que je ne puisse faire grand-chose pour le rattraper. Je me sentais déjà au maximum de mes capacités. Si j’en faisais plus, je risquais de blesser des civils sur mon passage et ce n’était pas le but. Ils me ralentissaient mais j’avais l’impression que je pouvais y arriver.

Je débouchai dans une ruelle après avoir traversé l’entièreté de la nuée de personnes. Au coin, dans la pénombre, plus loin, je vis le bas d’un manteau disparaitre, similaire à celui de mon homme. Sans plus attendre je criai une nouvelle fois et me mit à sa poursuite. Mais arrivé à l’intersection, il n’y avait plus personne. Aucun mouvement, aucune odeur, pas même des traces dans le sol un peu plus sale que dans la rue principale « Merde… » Reprenant mon souffle, je fis demi-tour. Je n’avais même pas vu son visage. J’étais vraiment un bon à rien, mes supérieurs allaient très certainement ne pas laisser passer cela quand je ferai mon rapport et m’expliquer qu’un bon flic était forcément compétent. Sinon, il retournait derrière son bureau. Quelle poisse !

Madame Volker avait été évacuée dans une automobile blindée et devait déjà être loin. Au moins la ministre était en sécurité. Sur le palier de l’artère principale de Zamos, je rencontrai un collègue qui me donna un petit badge qui ne payait pas de mine. Il m’expliquait qu’il était incrusté d’une technologie bien connue, quasiment pareille à celle de mes rétines. Cela pouvait analyser des objets, des traces, bref, nous aider à trouver quelques indices. J’observais ce petit truc avant de relever la tête et me rendre compte de l’horreur.  Des corps inanimés, en sang, étaient allongés sur le sol, d’autres complètement désarticulés. Des collègues en civil prenaient le pouls de certains et regardaient leur montre. Les médecins, dépêchés sur place dans le doute, sortirent de leur camion médical pour venir sauver ceux qui respiraient encore. Il y avait des cadavres encore chauds sur le tarmac et je ne pouvais rien faire de mes dix doigts. J’étais capable de reconnaitre les drogues à l’œil nu, mais dès qu’on me mettait une arme dans les mains ou un stéthoscope, j’étais un manche à balais.
Bon à rien.

Faisant volte-face, je retournais dans la ruelle et tournai à l’embranchement où j’avais vu le suspect partir. Je ratissai le quartier à pied, de haut en bas, en analysant toutes les moindres recoins. Le badge projetait un faisceau lumineux très léger, permettant de voir où était sa zone d’analyse. Je pris l’initiative de perdre du temps jusqu’à la sortie de l’autre côté. Je n’eu pas grand-chose, seulement un morceau de tissu que je n’aurai jamais découvert à l’œil nu. Il était resté accroché à une barre en métal dangereusement coupante et il ressemblait au manteau de l’inconnu. Quand je le passais sous le badge, celui-ci m’indiquait un échantillon de cheveux que j’allais devoir porter au laboratoire. Serrant le tout dans ma main préalablement gantée, je rejoignis les équipes sur le terrain pour glisser cela en faisant attention que le cheveu y était toujours, dans un petit sac qui partit immédiatement dans une boite. Je donnais mes coordonnées et celle de mon inspecteur pour que nous soyons dans les prévenus si cela détectait quoi que ce soit.

1633 mots + le super badge Very Happy



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Astoria V. Byrkova
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 (#Sam 2 Déc - 20:27
La nuit a été particulièrement courte. Je pense que j'ai du faire un ou deux cauchemars, car ma paillasse est encore une fois trempée de sueur, tout comme mon corps. Je ne me souviens de rien cependant. De toute manière, aujourd'hui est un jour que j'appréhende plus que les autres. Le genre de journée qui fait remonter la bile de l'estomac vide, directement sur la langue. Ce goût amer et à l'odeur nauséabonde. C'est comme ça que je sens les prochaines heures...

Tu es levée ?

Debout, devant la glace brisée de l'ancienne salle de bain, je me retourne pour me retrouver face à Jin. Elle est inquiête, je le vois à la forme que prennent ses sourcils lorsqu'elle me regarde.

Oui. Il faut simplement que je me lave. J'aurai meilleure mine dans quelques minutes.
Astoria...

Alors que je fais mine de me retourner pour vérifier l'état du pommeau de douche, je sens Jin au bord des larmes. Elle allait craquer. Je ne sais pas pourquoi mais je sais que la rupture est proche. La façon dont elle prononce mon nom est à la fois douce et également pleine de chagrin. Elle me prend le bras gentiment, trop gentiment.

Karol m'a dit pour aujourd'hui. Dis moi que ça va aller... Je... Je ne supporterai pas l'idée que tu puisses m'abandonner ici...

Je prend le temps d'inspirer et d'expirer avant de me tourner vers elle. Je la force à s'asseoir sur le rebord de la baignoire brisée et l'accompagne dans ce geste.

C'est une mission de repérage, simplement. La Volker fait ça dans un but très précis et nous devons agir pour savoir qui elle veut attirer dans ses filets de la sorte. Le groupe d'en haut soupçonne les libertaires et...
Les violents ?
Oui. Ce qui ont des armes et qui s'en servent. Rien ne les dissuade, ils sont très dangereux et nous devons intervenir pour ne pas que ça dérape. Ils entachent notre mouvement, nos idées, notre réputation.
Tu ne peux pas t'imaginer combien... Ils sont la raclure de la ville. Faire valoir des droits par un extrémisme dont personne n'a besoin. Ils ne sont pas animés par les mêmes idées que nous Jin. Tiens toi loin d'eux si tu viens.

Karol ne veut pas que je vous accompagne... Il dit que c'est trop dangereux pour moi. Il m'a également annoncé que la prochaine sortie serait la bonne. Je ne sais pas de quoi il veut me préserver, je ne suis pas ici pour me tourner les pouces.
Karol protège tous les petits chatons. Si tu veux venir, viens avec moi. Tes idées ne seront jamais connues si tu ne les revendiques pas. Tu pourras te mêler à la foule ou m'aider à repérer les furies. Tout ce que tu as à faire, c'est de ne pas oublier ton masque.

La jeune fille hoche la tête. Je sais que Jin est un peu fébrile mais j'ai vu la lueur naitre dans ses yeux quand je lui ai parlé de m'accompagner. Elle n'est pas sûre d'elle mais elle va le faire. Elle sait que j'ai raison sur un point : il faut revendiquer ses droits, ses idées, ses désirs et besoins. Nous sommes là pour cela et nous combattons ceux qui nous font du tort. Qu'ils soient notre égal ou au dessus de nous, cela ne change rien.

____________

La place est pleine à craquer ainsi que la rue qui la continue. Je n'arrive pas à comprendre cet engouement pour cette femme... Personne n'a envie d'être empathique. Du moins pas à son égard. Oui elle a perdu un mari, tout comme j'ai perdu mes parents et Jin les siens. Je n'arrive pas à me faire à l'idée que ces personnes ici-présentes, l'apprécient ou simplement soient sur la même longueur d'onde. Nous ne sommes pas obligés de voir la personne pour la comprendre. Un deuil c'est personnel, nul besoin de l'étaler.
Notre groupe s'est divisé en entrant dans la cohue. Certains sont restés aux abords de la foules, dans les petites ruelles, mais les autres et moi-même, nous sommes dispersés dans le but de mettre la main sur les vils rebelles. Il y a beaucoup de bruit, un peu d'agitation et il faut jouer des coudes pour pouvoir se mouvoir. J'ai pu ressortir de l'autre côté de la manifestation et même m'élever un peu sur un petit poteau trapézoïdal. J'embrasse les habitants d'un simple regard jusqu'à ce qu'un point lumineux attire mon attention. Personne ne fait attention à moi, tout le monde est dans son mouchoir en train de pleurer, pendant que Volker parle. Lorsque mon regard se porte un peu plus au nord de ma position sur ce fameux point scintillant, je vois l'inimaginable. D'un coup de main habile j'attrape Jin pour la mettre derrière moi et je descends de mon piédestal. Il y a eu un coup de feu, un moment de flottement qui a duré deux secondes et puis la foule s'est mise à paniquer. Mais moi, à ce moment là, je suis déjà en train de courir dans une ruelle adjacente avec la petite à mon bras. Elle est crispée, paniquée mais ne parle pas. Elle se contente de m'obéir, me suivre et courir.

Mets ton masque et ne prononce pas mon nom.

Nous enfilons notre masque. Le sien a l'apparence d'un herbivore quelconque et le mien d'un loup. Ils ne sont pas de bonne facture, mais ils nous permettent de déstabiliser notre adversaire et de garder notre identité. Chacun doté d'un transformateur vocal, les autres ne peuvent reconnaître nos voix.
Lorsque nous sortons de l'angle de la ruelle, nous faisons face à un homme. Il nous a reconnu immédiatement :

Ah ! Bha vous voila vous ! Il ne manquait plus que ça ! Vous allez faire quoi ? M'enfoncer vos cure-dents dans les côtes ?
Pourquoi attaquez vous Volker ?
Et vous, pourquoi êtes-vous aussi naïves ? Vous croyez que je vais vous le dire ? Ce sont nos plans et vous le savez aussi bien que nous : dommage que vous ne soyez pas des nôtres, vous perdez beaucoup en restant à l'écart !
Vous n'êtes pas comme nous ! Vous allez trop loin ! Il n'y avait pas besoin de faire ce coup de théâtre mortel ! Pourquoi lui ? Pourquoi pas Volker dans ce cas ? Elle vous ait trop précieuse ? Si j'apprends que vous souhaitez la kidnapper je...
Tu vas faire quoi, greluche ? Emmener tes p'tits lascars de copains dans notre QG ? T'sais quoi,
reste chez toi et laisse moi chez moi et on vous causera aucun ennui. On est assez nombreux et surtout plein de ressources. Ce serait dommage que ton pauvre petit squat saute sous le poids de quelques pains d'explosifs.

Vous...

J'ai été interrompu par une grenade fumigène envoyée à nos pieds. Chacun a fait demi-tour prestement. On rebroussa chemin dans la ruelle et le malfrat s'en alla dans l'autre sens, à travers la foule en délire. Au bout d'un moment, nous sommes interceptés par un agents de police, armé. Le temps qu'il braque son arme sur nous, je me jette sur lui et arrive à l'immobiliser et l'assommer. Il ne sera pas dans les vapes très longtemps. Je prends le temps de le fouiller et lui pique son passe de monorail. Il y a une station pas loin, je sais que si nous nous dépêchons nous pouvons l'atteindre. Je cri à Jin de se dépêcher et me rends compte que la chance est de mon côté car nous n'avons pas enlevé nos masques. De ce fait, l'agent ne pourrait jamais nous identifier.

Que fait-on ?!

Elle est obligée de crier pour que je l'entende. Au sortir de la ruelle, je l'emmène complètement à l'opposé de l'endroit où nous sommes arrivés et défais mon masque et mes cheveux.

Enlève le tiens ! Viens avec moi !

Nous arrivons en sueur sur le quai du monorail dans lequel nous nous engouffrons. Le temps de reprendre notre souffle, on se laisse porter par l'appareil.

Ca faisait longtemps que je n'étais pas revenu ici... Tout a changer. Ils ont beaucoup construit.
Oui je remonte souvent mais... Jin baisse la voix Qui était-ce ? Et pourquoi n'avons-nous pas rejoint les autres ?

Je l'imite et me rapproche d'elle.

C'était un membre du groupe. Je ne sais pas si ils se font réellement appelé les Parias mais en tout cas ils en ont tout l'air. Je les connais un peu et je peux te dire qu'ils sont vils et particulièrement dangereux.
Nous ne sommes pas tomber sur un nerveux mais.... J'ai eu peur qu'il ne te touche d'une quelconque manière.
Enfin bref, Volker va vraiment très mal le prendre mais ils ont réussi leur coup en tout cas. Attirer l'attention sur eux et sur elle. Il y a quelque chose de louche, ils jouent au jeu du chat et de la souris, j'en suis persuadée. Nous allons devoir découvrir leurs manigances... Car à cause d'eux, toute la Basse-Ville risque d'être passée au peigne fin. Si c'est le cas, les autorités vont pas être tendre avec nous et nous serons assimilés à eux. Il va falloir surveiller nos arrières pendant un certains temps car... Quelle idée d'attaquer la ministre de l'intérieur ! Bon sang !
Je suis sûre qu'il y a de la rancune personnelle ou quelque chose derrière ça.

Waw... Et nos têtes pensantes peuvent pas parler à leurs têtes pensantes et savoir ce qu'il en retourne ?
Si seulement c'était aussi simple Jin ! Bien sûr que non. Et si c'était le cas, nous sommes trop bas dans notre propre échelle pour pouvoir accéder à ce genre d'information... Tu sais, ce genre de plan ne viennent pas de Karol ou de qui que ce soit qui nous cotoie tous les jours. Ce sont des indic à grande échelle qui rapportent ce qu'ils ont vu et entendu.
Tu crois que je pourrai essayer de me faire passer pour l'une des leurs ? Du moins essayer d'entrer dans leur mouvement... ?
Jin tu...

En la regardant je prends quelques secondes pour réfléchir. Son idée était plus que très intéressante.

Mais... Oui ! Ce serait très dangereux mais comme tu n'as pas encore de rôle bien défini parmi nous, je pourrai facilement couvrir ta disparition...

Jin sourit de toutes ses dents et met lèvres s'étirèrent également. Elle en a dans la tête cette petite.

Ce sera difficile les premiers temps, du moins le temps de ton intégration mais après ce sera un jeu d'enfant pour toi... J'espère que tu me reviendras un jour. Si tu dois y rester je...
Bien sûr que non ! C'est juste pour la mission !
Alors ça va...

Mots : 1870 - Le pass ambriel du monorail !



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Ethan
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 (#Mar 5 Déc - 2:30


« Et moi je te dis que tu as tort… J’en suis persuadé. »

Je regarde autour de moi, le bar commence à se vider petit à petit alors que la procession dehors grandit de minute en minute. Jérôme est là, assis en face de moi, depuis peut-être deux bonnes heures, et nous discutons de tout et de rien en attendant de suivre le mouvement. Arriva ce qu’il devait arriver, nous en vîmes à parler de politique et là… Depuis quelques minutes, il me regarde avec un petit air éberlué, en éclatant de rire toutes les deux secondes.

« Mais en tout cas gamin, tu as vraiment beaucoup d’imagination, et c’est plutôt distrayant ! »

Je le vois s’essuyer le coin des yeux avec sa manche. Les verres de scotch vides, sur la table, nous séparent comme nous séparent nos points de vue. Est-ce dû à l’alcool ? Je n’en sais rien, mais non de non que cet homme peut être naïf... Il doit me voir comme une sorte de parano qui imagine peut-être toujours le pire des scénarios, mais cette fois j’en suis persuadé : toute cette histoire n’est qu’une mascarade.
Dans le meilleur des cas, un gros coup médiatique. La Volker, nouvellement élue saura s’attirer, avec son discourt, la sympathie de la plupart des Moscovites. Et franchement, qui pourrait en vouloir à cette femme, de sauter sur l’occasion pour se faire un gros coup de pub? Mais ce que j’attends, c’est ce qu’il va arriver ensuite. Si elle est aussi maline que je l’imagine, elle ne pourrait pas passer à côté d’une occasion pareille. Car, que l’on soit d’accord, une femme de son influence ne s’est pas hissée à ce poste grâce à ses beaux yeux et son physique agréable. Ou en tout cas pas uniquement grâce à cela, non.
Elle est très  intelligente.
Pour sa vie personnelle, c’est un cauchemar, pour sa vie politico-médiatique en revanche, c’est une aubaine. Du pain bénit quand on y réfléchit… Alors certes, la peine qui l’anime peut-être réelle, je ne dis pas le contraire, mais en tant que politicienne elle sait qu’il lui faut mettre cela de côté et rebondir tout de suite. Elle a perdu son époux il est vrai, mais elle a très certainement aussi perdu en lui un conseiller, un soutien moral et politique. Et l’impact est bien plus grand pour elle que l’on ne pourrait l’imaginer : alors qu’elle est toute nouvelle dans son ministère, elle est déjà grandement affaiblie dès le début de son mandat par tout ceci. Elle doit montrer aux autres politiques qu’elle est forte, qu’elle sait tirer parti de chaque situation, même de la plus triste et désespérée si elle ne veut pas finir dévorée par ces requins. Et quoi de mieux que de démontrer cela dans un moment semblable, quand la tristesse d’une mort tragique se transforme en une puissante arme médiatique ?
Elle doit montrer immédiatement, à tous ses pairs, qu’elle est légitime à son poste.
Même ses rivaux politiques ne pourront rien faire pour l’empêcher de s’attirer les faveurs de la populace grâce à ce triste incident, qui serait assez odieux pour sereinement reprocher cette femme, d’utiliser la mort de son cher époux pour manipuler les plus tendres ? La politique c’est simple : même lorsque l’on est perdant, toujours essayé de gagner quelque chose à chaque situation. Elle avait le choix entre mourir professionnellement, ou relever la tête et utiliser cette épreuve en s’arrachant le cœur - si tant est soit qu’elle n’en ait jamais eu un. C’est vrai, en politique on sait jamais...

Ensuite, elle va très certainement profiter de cette audience publique exceptionnelle pour annoncer quelque chose. C’est ça que j’attends avec impatience… Va-t-elle remettre sur le tapis une proposition de loi récemment refusée ? Va-t-elle se servir de la crédulité des gens pour faire accepter une idée qui passait mal aux yeux de tous ? Va-t-elle annoncer une « nouvelle » proposition de loi sur laquelle elle et son mari travaillaient depuis un moment, un projet qui les tenaient tous deux à cœur ? Où va-t-elle la jouer encore plus subtilement ? C’est-à-dire ne rien faire de spécial aujourd’hui, si ce n’est une sorte de discours galvanisant autour d’un quelconque sujet métaphorique où chacun se sentira touché, pour demain afficher au grand jour sa détermination nouvelle, d’une femme nouvelle pour un monde nouveau ? Enfin... Cela ou quelque chose dans le genre qui lui permettrait d’être plus agressive parmi les requins et, bien sûr, les petits poissons que nous sommes - avec toute la légitimité que le peuple aura lui-même trouvé bon de lui fournir…

Ça, bien sûr, ce serait dans le meilleur des cas et c’est à peu près ce que j’ai dit à Jérôme.
En revanche, j’ai gardé par-devers moi ce qui pourrait être un scénarios bien moins rose :
Imaginons que cette femme n’ait jamais aimé son époux ? Imaginons avoir affaire à une femme au cœur de pierre prête à tout pour arriver à ses fins ? Imaginons que cette femme n’ait plus besoin d’un vieil outil qui lui a permis de se hisser où elle est ? Imaginons qu’elle comprenne qu’à cet instant, ce moment charnière de sa carrière, le meilleur mouvement stratégique soit de perdre un fou, pour gagner une reine ? Et si elle savait que tout se déroulerait ainsi, sans problèmes ?
Et si elle avait, directement ou indirectement, tué son mari ?
Car franchement, pour moi, je trouve que ça tombe plutôt bien pour sa carrière toute cette histoire…

« Et imagine qu'elle profite de ce discours pour se retirer de la scène médiatique, hein ? Tu ne crois pas que tu auras l’air tout penaud ?
- Si c’est le cas, j’irai directement m’excuser vers elle. J’imagine déjà : vous ne me connaissez pas, je croyais que vous étiez une morue, mais j’avais tort, désolé ! Qu’est-ce que tu en penses ? Sympa comme excuses, non ?
- Ah ça, je dois dire que ce sont les plus franches et sincère que j’ai pu entendre récemment ! Tout en délicatesse... »

Puis nous éclatons de rire, avant de finir nos verres.

« Hé… Le discours à commencé, allume la télé Pietro ! »

En entendant cela, Jérôme et moi nous regardons sans bouger, en silence les yeux grands ouverts : on avait rendez-vous avec le directeur mon père et son confrère avant le début du discours. Au bout de trois secondes qui paraissent flottées indéfiniment, nous nous levons et nous dirigeons vers la sortie. C’est Jérôme qui régale, j’ai laissé mon portefeuille chez moi avec une foule pareille…

Quelques minutes plus tard, nous jouons des coudes pour remonter l’allée noire de monde, nous ne voulons pas rater le discours ou je sens que les prochains jours risquent d’être difficiles. Non pas pour le discours en lui-même, mais pour le lapin posé au paternel.

« Je sens qu’il va me passer un de ses savons ! Si par malheur je ne viens pas bosser après demain, appelle-la police et dis-leur de commencer à chercher le corps...
- Ne t’inquiète pas Ethan, je les appellerai avant pour venir te chercher par la peau des fesses et t’amener au boulot !
- Je te remercie, vraiment, tant de sollicitude, ça fait chaud au... »

Soudain, un immense bruit nous coupe dans notre élan. Nous regardons vers la source, plusieurs centaines de mètres en direction de l’estrade. Ce bruit était bizarre, on se regarde sans rien dire comme pour demander silencieusement à l’autre s’il comprend ce qu’il vient d’arriver. Mais apparemment, nos visages doivent être similaires. Contrairement aux heures passées dans le bar, ces quelques secondes tendues paraissent durer une éternité. Une explosion ? Non… Au fond de nous, on essaye de chercher d’autres idées, mais tout nous ramène à la réalité de la situation. Non ce n’est pas le pneu d’un véhicule qui a éclaté ; non ce n’est pas quelque chose de lourd tombé d’une des maisons de la rue ; non ce n’est pas tout ce qu’on veut imaginer, juste pour ne pas penser à la solution la plus logique : un coup de feu, tiré sur Volker, ou pire aléatoirement dans la foule et qui va faire en sorte que ces dizaines de milliers d’âmes vont vouloir s’enfuir à l’opposé des coups de feu. Vers où nous nous trouvons… Précisément…
Je tire alors Jérôme par la manche et faisant demi-tour sans me précipiter et je me dirige vers la ruelle la plus proche :

« Mon portefeuille !!! On m’a tiré mon portefeuille !!!
- Mais tu ne... »

Je ne laisse pas le temps à mon chef de dire autre chose, j’avance en fendant cette masse de gens. Au bout d’une dizaine de secondes seulement après le coup de feu, les cris résonnent de plus en plus fort, se rapprochant comme une immense vague depuis l’épicentre du problème, suivi d’autres coups de feu, en rafale cette fois, encore et encore et encore. J’ai réagi rapidement, mais pas assez. Nous avons à peine fait cinq ou six mètres que nous nous retrouvons séparés. Impossible de savoir où il est, je suis désormais seul et la nuée grouillante commence à me ballotter et m’emporter de gauche à droite sans vraiment que je ne puisse rien faire. Les gens hurlent, pleurent et crient de peur, d’indignation ou juste en un réflexe commun à chaque individu de cette nouvelle entité qui déferle les rues de Zamos.
J’ai peur.
Pas des coups de feu, qui sont bien trop loin, non j’ai peur de cette créature qui pourrait m’engloutir à chaque instant si je cède moi aussi à cette panique irrationnelle. Après tout, seuls ceux qui se trouveront en première ligne prendront les balles, alors pourquoi je suis en train de littéralement me battre pour sauver ma peau là tout de suite ?!
Ce combat, perdu d’avance, m’écrase sur le pilier d’un bâtiment contre lequel je m’évanouis sous la pression exercée par l’immense masse rampante.

Lorsque je me réveil, mon cerveau frappe de toutes ses forces pour que je le laisse sortir de sa boîte. Je prends quelques secondes pour me rendre compte de ce qu’il se passe autour de moi : je suis appuyé contre ledit pilier, assis et me tenant l’arrière du crâne. J’ai du mal à respirer, autour de moi je ne vois que de la brume. Le sol est jonché d’objets divers, qui un sac à main, qui un ours en peluche, juste à un mètre de moi une canette de… non à bien y réfléchir ce n’est pas une canette, mais certainement la source de cette fumée, un fumigène vide. L’épais brouillard ondule par grosse nappe, mélange de volute de fumée venant de différents endroits et se rejoignant au centre de la rue. Je place inconsciemment ma manche sur mon visage pour m’aider à respirer plus facilement, mais, malgré tout, je tousse quand même beaucoup. Au loin, j’entends des pleurs, des gémissements. Le sol est maculé à certains endroits d’un épais tapis rouge, mélange de saleté et très certainement de sang. Je me lève et tente de marcher ; je croise des gens qui passent en courant, j’en aperçois d’autres allongés par terre, se tenant un bras, une jambe. À mes oreilles, les restes de la petite déflagration de la grenade fumigène persistent en un léger acouphène, trop aiguës pour mon estomac à cet instant. À cause de ce que je vois, de se mal de crâne et de tout ce mélange d’air vicié ou de goût métallique ambiant, je n’ai à peine le temps de me pencher que je rends le liquide ingéré un peu plus tôt. Je regarde mon téléphone, je n’ai été inconscient que treize minutes et pourtant… On dirait que le monde que je connaissais a disparu.

Soudain des pas de course approchent à une certaine distance. Beaucoup de pas. Je regarde dans cette direction jusqu’à ce qu’un énième coup de feu, bien trop proche a mon goût cette fois, n’y retentisse. Je me mets à courir, au travers de cette fumée résiduelle, vers le bâtiment le plus proche afin de me mettre à l’abri, mais ce dernier est fermé. Les bruits de pas se rapprochent, je cours désormais en longeant les façades et essayant d’ouvrir les portes devant moi, comme un forcené, mais rien n'y fait car malheureusement toutes sont fermées. Lors de l’inspection d’une ultime porte, cette dernière s’ouvre, mais avant que je ne puisse m’y engouffrer, les pas m’ont rattrapé. Une main vient me plaquer avec violence, une fois de plus aujourd’hui, contre la porte vitrée cette fois, puis se positionne sur ma bouche pour que je ne pipe mot. L’homme se penche à mon oreille et me chuchote :
« Ferme ta gueule. Tu dis le moindre mot et je te bute c’est clair ? Hoche de la tête si tu comprends ? »

Ce que je fis, sagement.

« C’est bien ! Aller on va entre la dedans et tu va être ma mon assurance en cas de soucis.
- JE CROIS QU’IL EST LÀ !
- Entre vite la dedans ! J’AI DES OTAGES, POINTEZ-VOUS ET JE LES BUTE !! »

Il pose le canon de son arme sur l’arrière de mon crâne et me pousse à l’intérieur de ce magasin, certainement une pâtisserie vide plongée dans le noir. On se dirige derrière le comptoir et il me fait mettre à genoux. Pendant la vingtaine de minutes qui suivit, je vécus un calvaire : le visage à deux centimètres du comptoir, à genoux, en me demandant ce que je fais ici. Je crois que je me suis uriné dessus, j’ai froid aux jambes et les vitrines frigorifiques n’aident en rien. Je ne vois pas mon ravisseur, je l’entends parler tout seul, il tremble, il panique, il jure. Il fait plusieurs aller et retour entre l’arrière-boutique et le magasin.
Je ne bouge pas, je ne peux pas bouger. Je ne veux pas bouger.
Je sens que je vais mourir aujourd’hui… Tout ça pour quoi ? Ou pour qui ? À cause de cette mascarade…
Ceci dit, voilà ce qui devait arriver du coup ! Une attaque publique, je n’avais pas vu ça venir, j’avais pensé à d’autres choses, mais pas à ça.
Je module ma voix pour essayer de tirer des réponses de mon ravisseur, au moins quelques miettes, je dois garder mon esprit alerte ou je vais me mettre a courir partout sans raison et me prendre une balle.
Souffle un bon coup… Voilà. Essaye de penser calmement.

« Et donc ? À cause de quoi vais-je mourir aujourd’hui?
- Hum ? Quoi ?
- Oui… Je voudrais au moins savoir à cause de quoi, ou de qui, j’allais mourir aujourd’hui ? Une magouille minable avec la Volker ?
- Ferme-là… »
Je le regarde du coin de l’œil, il fixe la porte sans vraiment la voir et parait absorbé par une quelconque pensé. Je sais que son corps va réagir, il faudra juste déceler la réponse et l’interpréter.

« Nan, mais après je dis ça pour causer seulement, c’est juste que si les coupables se font jeter en pâture au flic comme ça à l’air d’être le cas, autant c’est eux qui me buteront dans quelques minutes, quand ils prendront d’assaut cet endroit…
- Mais ferme donc ta putain de gueule ! Ah moins que tu ne veuilles réaliser tes prédictions ? Tu veux mourir aujourd’hui ?
- Non, non, non, non, non ! C’est bon, c’était pour parler… J’ai tenté... »

Il a les bras croisés sur sa poitrine, et tapote machinalement du doigt contre son torse. Il doit avoir une poche interne à cet endroit. Note pour plus tard.
Au bout d’un moment, il décide de me relever pour m’emmener vers la sortie :

« Sois bien sage et tout se passera bien… C’était pas prévu, mais si tu coopères je te relâcherai peut-être dans une ruelle. »

On avance lentement dans le magasin, des silhouettes sont installées dans la rue derrière une voiture et n’arrête pas de crier la même chose depuis cinq minutes. Quelque chose comme si vous ne sortez pas on entre et vous êtes mort, pour faire simple, le tout avec un décompte de temps bien sûr. Ça plaisante moyen ici avec les prises d’otage généralement, mais en plus vous pensez bien qu’avec Volker… pas après pas, nous avançons vers la sortie alors que la lumière du jour revient peu à peu, la fumée s’étant un peu dissipée entre temps. Je fais écran et je ne pense pas que les policiers le voient correctement. De ce jour, je ne sais pas si c’était un jeune policier nerveux qui posa son doigt un peu trop lourdement sur la gâchette de son arme, ou si c’était un tir prémédité. Ce que je sais, c’est que nous n’avons même pas eu le temps de traverser tout le magasin et sortir qu’une balle traversa la vitre, et vint se ficher dans la poitrine de l’homme derrière moi.
Juste après le tir, qui nous projeta tous deux à terre, une vive douleur dans mon bras se fit sentir. La balle avait traversé ma propre épaule avant de se ficher dans le bandit.

Les pas arrivent, je les entends, je me retourne alors, regarde l’homme qui vient de perdre connaissance. Il baignera bien vite dans sa propre flaque de sang. Mais s’il meurt, personne ne saurait jamais rien sur cette histoire. Je dois aller le fouiller ! Je rampe difficilement jusqu’à l’homme et regarde dans sa longue veste, au niveau de la poitrine surtout et… Bingo !
Je tiens une note repliée sur elle-même, certes ce n’est qu’une note, mais pas une simple note. Je reconnais les lettres, mais elles ne forment aucun mot spécifique…

« Un code… Un message crypté… Je savais que quelque chose de louche se passait et ce papier va m’aider à savoir quoi ! »

Je le glisse alors dans ma poche et me laisse aller au sol. Quelques secondes plus tard, un groupe d’intervention de la police investit les lieux, puis un homme masqué m’aide à me relever et me dirige vers une unité médicale attendant à l’extérieur. Je ne suis pas le seul qui ait besoin de soin donc je ne dois pas perdre un instant et profiter du fait que je sois seul dans cette petite ambulance. J’attrape vite fait un badge multiscan se trouvant dans un des tiroirs transparents face à moi et le passe sur la note. Il y a trois ADN distincts, dessus.
Le premier ? Celui du tueur j’en suis sur…
Le deuxième. Le mien, c’est à n’en pas douter.
Il n'y a que le troisième qui m’intéresse, aucun fichier concernant cet ADN dans la base de données médicale de la ville.

Je l’enverrai à Karl, un de mes contacts dans la presse moscovite, il saura craquer ce code avec simplicité j’en suis sur… Il va faire des recherches, de son côté, pour savoir à qui appartient ce troisième ADN. Et surtout : normalement il dévoilera le nom de celui ou celle qui a posé ses empreintes sur cette note. Aucun politicien ne fera taire l’affaire, la corporation des Médias y veillera et au passage Karl m’en devra une. Je range alors la note et l’appareil dans ma poche, puis, la douleur surréaliste aidant, je décide que c’est le bon moment pour tomber dans les pommes et glisser lentement du siège sur lequel je me trouve.

Je veux ça!:
 

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 (#Mer 6 Déc - 10:25


Le lendemain - Conclusion
Ambriel 1201 E5 Q2 D4


La publicité qui vient de démarrer juste sous vos yeux, est beaucoup plus forte que le son initial de la télévision que vous regardez. Eh bien, est-ce utile que toute la maisonnée ou n'importe quel établissement, entende distinctement combien ce robot ménager hors de prix est tout ce dont chacun de vous a besoin ? Non, certainement pas... Mais personne ne baisse le son car la publicité passe à une vitesse folle pour laisser place aux nouvelles du jour. Une femme en tailleur impeccable, sur un fond bleu et noir, regarde fixement la caméra. Lorsque ses lèvres s'agitent, ce n'est que pour prononcer un discours qui fait froid dans le dos.

« Mesdames, messieurs bonsoir. La manifestation commémorative d'Irina Volker a tourné au désastre au bout de quelques minutes. En effet, un groupe de rebelles a fait irruption dans la foule, tirant sur un des vigiles qui protégeait la ministre, pour semer la discorde parmi les riverains. Choquée et profondément blessée, nous avons entendue madame Volker prononcer quelques paroles, mue par une colère sans égale. » Des images de la foule en délire s'affiche maintenant. Des flammes, des corps au sol, du sang sur certain endroit... C'est un spectacle traumatisant. La plupart des parents cachent la vue à leurs plus jeunes enfants, alors que d'autres, qui n'avaient pas pu venir, restent stupéfait de la violence avec laquelle ça avait dérapé. Pendant que la vidéo tourne, la journaliste ne cesse de parler « D'après un rapport de la police d'Etat, le bilan s'élève à vingt morts et plus d'une centaine de blessé. Les mouvements de foule, mortels pour les plus fragile, n'ont épargné personne. Les forces de l'ordre ont tenté d'appréhender les suspects, en vain. La phrase que l'un des rebelles a prononcé, est lourde de sens et fait poser questions aux penseurs de ce monde. Mais madame Volker ne s'estime plus être à la phase où il faut réfléchir mais à celle où il faut agir. Nous sommes actuellement en train de négocier une interview avec la ministre, dans le but d'avoir ses ressentis. » Les images de ce spectacle horrible et macabre cessent pour revenir sur la présentatrice télé « Pour le moment, l'Etat reste muet sur l'identité des renégats qui ont tenté d'assassiner madame Volker. Nous détenons cependant, de source sûre, une information qui aurait transité entre les malfrats. Ils étaient envoyé par quelqu'un à l'identité inconnu des bases de données faciales ou ADN. » En haut à droite de l'écran s'affiche maintenant la photographie d'un petit papier tâché de sang, avec des lettres illisibles « Nos équipes, sur place, ont réussi à trouver quelque chose qui pourrait indiquer une piste intéressante. Cependant, les informations récoltées sont trop peu précises pour réellement déterminer quoi que ce soit. Nous travaillons malgré tout sur le sujet et essayons de suivre notre propre piste, notre proposition de collaboration avec la police d'Etat ayant été rejetée. Cette dernière n'a d'ailleurs pas pris la peine de répondre à nos questions sur le sujet et n'a aucunement l'intention de prononcer un mot d'après son capitaine monsieur Irvin Malory. A l'heure où nous diffusons ce communiqué, un projet de dératisation de la Basse-Ville est en train de se mettre en place. Madame Volker souhaite plus que tout, avec l'aide de ses compatriotes, rendre justice à ceux qui ont été mutilés pendant la manifestation et éradiquer définitivement ceux qui peuvent enrayer le système. Des paroles fortes qui traduisent aisément l'état de choc de la nouvelle veuve. »

Lorsqu'elle enchaîne sur des banalités, vous n'en avez que faire. Vous devez prendre l'air, car tout cela vous étouffe.

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Mot du Staff : Merci énormément d'avoir participé à ce RP ! Vous avez eu des idées super intéressantes qui ont été diffusées entièrement ou partiellement aux informations du lendemain Very Happy Je me servirai de quelques idées pour la suite, de toute façon, c'est vous qui modulez l'intrigue vous le savez o/
Je vous retrouve dans peu de temps au prochain RP qui se déroule un ériel après !


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